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Extraits de mon livre
 
La rage de peindre

Dans la peinture de cet artiste, des figures diverses se rassemblent ou s'affrontent: des traits acérés crépistent autour d'un foyer incertaint, se dissolvent dans une effusion de teintes vives qui chevauchent, se complètent ou se contredisent. Toutes ces figures, toutes ces teintes débridées représentent le côté à la fois sauvage et civilisé de la nature humaine, ces deux pôles qui entretiennent la tension.

Pour Jean Fetz, réduit à ces deux extrêmes, devient le seul point de mire. Tout découle de cet aller-retour, à bien des égards exigeants, entre l'être humain archaïce, barbare, encore marqué par "sa longue hérédité animale" et l'homme du rationnel et de la science, policé par des siècles de culture. L'un s'affirme dans sa morphologie brute, déformée, l'autre s'efface derrière ses provocations technologiques. L'un nous darde de son regard piqué à vif, l'autre nous aveugle de ses certitudes accumulées. Passant de l'un à l'autre, Jean Fetz désigne des points vulnérables et les emprisonne dans un filet de lumière. Il combine la chair et la mémoire dans un même surgissement de gestes et d'incantations, d'agitations et de repos.

Trop sensible et trop intelligent pour ne pas remarquer comment doivent se démener certains peintres de sa génération pour produire quelque chose qui ressemble à l'art brut, Jean Fetz a su cerner son domaine. Et c'est bien là son premier mérite. Pour lui, la chose vue et recueillie est déterminant au moment de la fixation de ses visions et de la matérialisation de celles-ci par la forme de la couleur.

Jean Fetz est un peintre à l'appétit glouton, ce qualificatif supposant une grande intensité de pouvoir représentatif et de verveur picturea.e, et sa "voracité" le pousse, non point à exalter les aimables frémissements de sens, mais à arracher le vue et le vécu aux systèmes dont ils sont habituellement entourés. Il fait jaillir ainsi la minute inattendue, l'instant éblouissant ou le moment fatal lorsque les choses se transforment ou se révèlent.

La peinture de Jean Fetz est presque toujours provocante. L'artiste y témoigne de l'indépendance de son entourage et son esprit de et de son goût du paradoxe. L'homme et son entourage sont son sujet de prédilection et servent de prétexte au déploiement de couleurs mordantes et de traits acerbes, à l'emploi, donc, d'un vocabulaire qui est expressif à force d'être touffu.

L'exagération formelle et l'outrance tonale sont les deux éléments de base de ses descriptions et de ses narrations picturales qui se situent dans un espace où s'épanouit tout un système de valeurs. Cet espace est indocile et se prête davantage aux incohérances et aux discordances qu'à la cohésion et à l'harmonie.

Jean Fetz aime scruter les choses pour les déchiffrer et pour faire jaillir entre elles un dénominateur commun que la raison seule ne peut révéler, mais que l'intution met à jour. Une peintrue de cer artiste se prête à de multiples lectures. Ce sont ces lectures entrelacées qui font la valeur des oeuvres de Jean Fetz, mais aussi leur difficulté.

Son monde qui est le nôtre - personnes assises, personnes debout, maisons, ruelles, fleurs, chaises, tables - n'est jamais une pure transcription, c'est une transposition, un succédané de l'émotion et de la pensée de l'artiste.


  
Par Rich Audry